L’Or Bleu : Entre le Cri de Dar Jbel et la vision de préservation de l’eau de Yacine Belkhiria

À Dar Jbel, le podcast, DAR, la maison qui parle, continue de raconter les savoir-faire, être et des moments de vie en Tunisie. Dar Jbel, un lieu d’accueil engagé dans le tourisme durable et la valorisation des territoires vivants en Tunisie, raconte son combat pour préserver l’eau. Un peu pour inspirer mais surtout pour questionner sur l’avenir du tourisme. Et bien au delà, sur celui du pays avec de moins en moins d’eau. Que pouvons nous faire aujourd’hui pour ne pas le regretter demain? Peut-être nous le regrettons déjà?

À Dar Jbel, nous croyons que la terre ne nous appartient pas. Nous en sommes de modestes gardiens. Dans ce 3ème épisode de DAR, la maison qui parle, nous plongeons au cœur de notre engagement le plus vital : la préservation de l’eau. Comment continuer à faire fleurir notre gîte rural sans épuiser nos ressources ? Comment transformer un stress hydrique national en une démarche de soin et de respect pour notre territoire et terroir du Cap Bon ?

Pour répondre à ces questions, nous recevons un invité d’exception, Yacine Belkhiria. Plus qu’un hydrogéologue de renommée internationale (expert auprès de l’Ordre Mondial des Experts à Genève), il est fondateur du cabinet de conseil- YesHydro- et expert auprès des tribunaux en arbitrage sur les questions de l’eau. « Médecin de nos nappes phréatiques », il est aussi consultant stratégique pour de grandes instances. Yacine Belkhiria consacre sa carrière à décrypter le langage invisible des nappes phréatiques et nous aide à comprendre l’invisible pour mieux agir sur le visible.

Là où d’autres voient des chiffres, Yassine voit des solutions. Il apporte à Dar Jbel la rigueur scientifique nécessaire pour transformer notre engagement écologique en actions concrètes et durables. L’écouter évoquer le « stress hydrique en Tunisie », la « phytorestauration »,  » l’eau virtuelle », c’est comprendre ce qui se joue sous nos pieds. Aujourd’hui, il n’est plus question de noyer le poisson. La Tunisie a soif, mais pire encore, elle semble avoir perdu sa boussole hydrique. Amel DJAIT

Écoutez l’épisode complet de « DAR, la maison qui parle » avec Yacine Belkhiria ici : https://www.youtube.com/watch?v=DvCv1hnD3MU

Amel Djait et Yacine Belkhiria pendant l’enregistrement du Podcast de Dar Jbel, DAR, la maison qui parle

Alors que le stress hydrique menace désormais 25 % de la population mondiale, Yassine lance un nouveau média pour décrypter la complexité des enjeux de l’eau. Entre géopolitique, technologie et urgence climatique, analyse d’un défi que nous ne pouvons plus ignorer.

L’état des lieux : Une ressource sous haute tension

L’eau n’est plus un acquis, c’est une variable stratégique. Si la Terre est la « planète bleue », seule une infime fraction (moins de 1 %) de son eau est douce et accessible. Aujourd’hui, cette ressource subit une pression sans précédent. Selon l’ONU, d’ici 2030, la demande mondiale en eau douce dépassera l’offre de 40 %. Plus de 2,2 milliards de personnes vivent encore sans accès à une eau potable gérée de manière sûre. 90 % des catastrophes naturelles mondiales sont liées à l’eau (inondations ou sécheresses sévères).

Dans ce contexte de crise silencieuse, Yacine Belkhira propose une approche disruptive. Son constat est simple : on ne protège pas ce que l’on ne comprend pas. L’eau est souvent traitée sous un angle purement technique ou purement émotionnel. Il est impératif de faire le pont entre les deux.

« Nous traitons l’eau comme une ressource infinie alors que c’est un flux fini sous pression. Mon objectif est de transformer cette anxiété climatique en une intelligence stratégique, » Yacine Belkhiria

La Tunisie : Le Mirage des Barrages

Le constat est sans appel et nul besoin de catastrophisme ou de provocations. Notre gestion de l’eau est un héritage du siècle dernier appliqué à une apocalypse moderne. Nous sommes passés sous le seuil critique avec moins de 450m3/ an/ par habitant. Pendant que nos barrages peinent à 22 % de leur capacité. Combien même les dernières pluies ont été bénéfiques fort heureusement, si nous ne changeons pas nos approches, cette manne va rapidement s’essouffler. La Tunisie a résisté tant bien que mal à une sècheresse qui a duré plus ou moins 5 ans. Sommes nous capables d’anticiper le prochaine sècheresse? Sommes nous aujourd’hui capables de fructifier chaque goutte d’eau qui tombe? Quelle est notre politique en eau pour les 10, 20 ou 30 ans à venir?

Ce qui est sur, c’est que nous continuons d’arroser des cultures d’exportation avec de l’eau que nous n’avons plus. Et c’est non sans douleurs que Yacine Belkhiria le déclare dans le podcast « On n’exporte pas des tomates, on exporte notre futur d’eau en bouteille, et à prix cassé. » Un cri retentissant qui met le doigt sur une aberration. Nous vendons une eau précieuse que nous n’avons plus ou si peu!

Une gestion critique : Le poids des choix passés

L’analyse de Yacine Belkhiria met en lumière trois failles majeures dans la stratégie nationale de la politique de ressources en eau du pays:

  • Le paradoxe agricole : L’agriculture consomme près de 80 % des ressources en eau du pays. Pourtant, une partie de cette eau est utilisée pour des cultures d’exportation gourmandes (agrumes, dattes), ce qui revient virtuellement à « exporter de l’eau » alors que le pays en manque.
  • Vétusté et gaspillage : Le réseau de la SONEDE (distribution d’eau potable) subit des pertes colossales. On estime que 25 % à 30 % de l’eau traitée se perd dans la nature à cause de canalisations obsolètes et de fuites non réparées.
  • Le déséquilibre Nord-Sud : Le transfert d’eau du Nord (plus humide) vers le Centre et le Sahel est une prouesse technique, mais elle atteint ses limites physiques et crée des tensions sociales entre les régions.

Au delà de la critique, c’est l’action qui est dans le viseur. La Tunisie doit passer d’une politique de l’offre (toujours plus de barrages et de forages) à une politique de la demande. La tarification progressive : Revoir le prix de l’eau pour décourager le gaspillage tout en protégeant les plus démunis. Le dessalement et la REUT : Si les stations de dessalement (Djerba, Zarat, Sfax) sont indispensables, leur coût énergétique reste un défi majeur. La réutilisation des eaux usées pour l’agriculture reste sous-exploitée (moins de 10 % sont valorisés).

« En Tunisie, l’eau n’est plus un problème technique, c’est un problème politique et social. Continuer à pomper dans nos nappes phréatiques non renouvelables, c’est emprunter sur un avenir que nous n’avons pas les moyens de rembourser. » — Yacine Belkhiria

Le Choc des Modèles : Pourquoi nous sommes à la traîne ?

Pour comprendre notre inertie, Yacine Belkhiria a passé au crible deux modèles qui, contrairement à nous, ont compris que l’eau est une question de survie nationale, pas une simple gestion de robinet.

CritèreTunisie (Le surplace)Maroc (L’offensive)Singapour (L’autonomie)
VisionGestion de crise au jour le jour.Autoroutes de l’eau & dessalement massif.« Le cycle fermé » (zéro perte).
TechnologieRéseaux fuyards (30% de perte).Priorité au dessalement solaire.Le « NEWater » : transformer les égouts en eau potable.
AgriculturePriorité aux exportations assoiffées.Modernisation drastique du goutte-à-goutte.Agriculture verticale ultra-efficiente.

Le Maroc a compris avant nous que le ciel ne suffirait plus. Avec son plan « Autoroute de l’eau » (transfert de l’eau du Nord vers le Sud en un temps record), il sécurise ses villes. Singapour, elle, a transformé une vulnérabilité géopolitique en force technologique : ils ne dépendent plus de personne car ils recyclent chaque goutte de leurs eaux usées.

Et nous ? Nous attendons la pluie comme au siècle dernier.

Réconcilier l’hospitality, la Terre et l’Expertise

Pourquoi ce sujet précisément dans le podcast , DAR la maison qui parle? Parce que comme de nombreuses structures de par la Tunisie, le gîte rural, Dar Jbel, est le témoin direct de cette agonie verte. Si la maison parle, aujourd’hui elle hurle. L’eau commence à faire défaut. L’eau est gâcheé; La conscience de l’eau dans divers domaines y compris dans celui du tourisme est encore assez limitée. Que peut-on faire? Que faut-il changer dans les comportements agricoles et aussi touristiques? Avoir recours à l’expertise de Yassine Belkhiria apporte la lucidité technique nécessaire pour transformer ce cri en stratégie.

Nous ne sommes pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Nous sommes là pour dire que des solutions existent :

  1. Récupérer chaque goutte : Faire du traitement des eaux usées une religion nationale (comme à Singapour).
  2. Taxer le gaspillage, protéger le vital : Une tarification qui punit le luxe et respecte la dignité.
  3. L’intelligence locale : Revenir aux savoir-faire ancestraux de Dar Jbel couplés à la data de Yassine.

Ce podcast n’est pas un accessoire. C’est un manuel de résistance. L’eau est le défi de notre siècle, et avec Yassine, nous avons décidé de ne plus être des spectateurs passifs de notre propre dessèchement. Car d’ici peu, le silence sera la seule chose qui coulera de nos robinets.

A Dar Jbel , nous avons décidé de réagir et d’agir.

huile d'olive amel djait Tunisie huile d'olive tunisienne, stratégie huile d'olive, Tunisie

Dar Jbel : Passer de la théorie à l’amour du geste

Ici, le podcast passe à la technique en expliquant comment Dar Jbel s’adapte : jardins de cactus, plantes endémiques et arrosages nocturnes. Ce n’est pas du marketing vert, c’est une stratégie de survie inspirante. Yacine Belkhiria valide ces choix en soulignant que le futur appartient aux structures capables de « sentir » leur terre.

Face à la rareté, Dar Jbel choisit la résilience. Auprès de nos clients, nous travaillons à la sensibilisation avec des demandes de leurs implications pour la gestion du linge de lit et de bain. Nous avons installé des régulateurs de débit, des douchettes à haute pression, des toilettes à double chasse,… Par choix, nous n’avons aucune baignoire.

Nous sommes en train de transformer plusieurs espaces de notre gite rural en surfaces drainantes afin de faciliter l’absorption de l’eau et avons mis en place un goutte à goutte pour le potager. Par ailleurs, nous avons enlevé le gazon dans les parties non essentielles et couvrons le sol au pied de nos oliviers et plantes avec des broyats et de la paille pour limiter l’évaporation de l’eau.

Il est clair que c’est encore peu, pas assez !

Il est certain que nous devons encore prendre soin de chaque goutte qui tombe. Mais nous avons commencé à notre niveau. Et vous?

Laisser une commentaires

Menu