Du terroir à l’expérience territoriale : une vision tunisienne du tourisme durable

L’histoire du tourisme en Tunisie est en train de changer. Pendant des décennies, notre pays a compté sur des modèles éprouvés : littoral, soleil, all-inclusive. Ce modèle a été utile, il a su attirer des visiteurs, soutenir des emplois et structurer un secteur pendant plus de 5 décennies. Mais aujourd’hui, ce modèle du tourisme tunisien atteint ses limites. Ce qui se joue maintenant, ce n’est plus une question de quantité. C’est une question d’identité, de valeur et d’expérience.

Ce tournant stratégique est lié à une transformation profonde : la redécouverte du patrimoine — matériel, immatériel, culinaire, humain — comme moteur du tourisme durable en Tunisie. Ce tournant est signe par la présence de nouveaux acteurs dans l’hébergement durable, la restauration, l’artisanat, l’art,…

Le patrimoine tunisien : ressources vivantes, pas décoratives

Le patrimoine tunisien ne se limite pas à des sites classés ou à des vestiges antiques. Et pourtant la Tunisie enregistre plus de 7 sites au Patrimoine archéologique UNESCO et a enregistré ces dernières années plusieurs savoirs -faire au Patrimoine immatériel de l’UNESCO.
Le patrimoine tunisien est incarné par des pratiques, des produits, des techniques et des récits. Il est présent dans les savoir-faire agricoles, la cuisine régionale, les architectures vernaculaires, les gestes artisanaux et les mémoires collectives. Ce patrimoine est une richesse vivante qui attend d’être réintégrée dans l’expérience touristique, non comme un élément isolé, mais comme un vecteur de sens, de connexion et de valeur ajoutée.

Récolte de zhar à Hamammet

Du néroli au modèle économique : quand une fleur révèle une stratégie

C’est sur l’initiative de l’Hôtel La Badira https://www.labadira.com que le magazine Saveurs https://www.abonnementmag.fr/saveurs/magazines/saveurs-n322 a consacré un article à la fleur d’oranger de Tunisie et à son hydrolat, le Zhar.

Au delà de l’article et à l’hommage que l’on rend à cette fleur, le reportage révélait quelque chose de plus profond. Le néroli, issu de la fleur d’oranger, incarne à lui seul un savoir-faire agricole transmis, une économie saisonnière locale, une culture du geste, une mémoire olfactive et une chaîne de valeur fragile mais précieuse.

Le néroli ou Zhar est un produit du terroir tunisien. Il est surtout une démonstration. Car si une fleur peut porter une histoire, elle peut aussi porter une stratégie. Le néroli montre que le patrimoine tunisien n’est pas figé dans le passé. Il est exploitable intelligemment dans le présent. Et c’est précisément là que se situe le lien avec le tourisme durable.

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Article de Saveurs. Edition Avril 2026. Disponible en kiosque. Reportage réalisé grâce à l’Hôtel La Badira- Hammamet

Une reconnaissance académique qui place la Tunisie au cœur des dialogues internationaux

L’un des jalons les plus significatifs d’Amel Djait et de son implication dans cette de cette dynamique a été bien entendu l’aventure 1001Tunisie.

Venait ensuite, la reconnaissance reçue par l’ouvrage Tunisiennes, Saveurs des Terroirs — une exploration profonde des terroirs tunisiens, de leurs produits, de leurs femmes et des territoires qu’ils traversent.
Ce livre a été distingué par l’Académie Nationale de Cuisine en France, une institution internationale reconnue pour son expertise gastronomique et culturelle — une validation importante pour le patrimoine culinaire tunisien.https://fr.slideshare.net/slideshow/tunisiennes-saveurs-des-terroirs-giz-tunisie-2016/63475835

Alors que l’intérêt pour la patrimoine culinaire du pays était à son balbutiement, le livre, produit par la Giz et illustré par les photos de Pierre Gassin, a obtenu une reconnaissance internationale. Celle-ci et était le prélude à un mouvement plus large. Depuis, de nombreuses voix tunisiennes prennent place dans la littérature mondiale autour de la cuisine et du patrimoine.

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Ambiance authentique sans artifices. L’alambic est posé dans le jardin et les fechkas se remplissent petit à peu. La transformation des fleurs d’orangers en zhar, hydrolat, est une tape délicate qui se poursuit pendant des heures.

Une littérature culinaire tunisienne en pleine effervescence

Ces dernières années, plusieurs publications tunisiennes — et autour de la Tunisie — ont enrichi la réflexion autour de la gastronomie, du terroir et de la culture : « La Table du Sud », « La table du Nord » et « La Table de la Côte » de Malek Labidi, un voyage poétique au cœur des traditions culinaires du Sud tunisien qui relie recettes, récits et portraits d’artisans. « The Tunisia Cookbook » de Hafida Ben Rejeb Latta, célébration internationale de la cuisine traditionnelle tunisienne qui valorise ses racines identitaires. « Tunisie gourmande » de Jacqueline Bismuth, qui met en lumière une tradition vivante à travers ses recettes et ses histoires de transmission. Il convient aussi de citer aussi des œuvres littéraires comme celles d’Héla Msellati qui explorent la cuisine comme vecteur de récit social et identitaire.

Cette effervescence éditoriale constitue une preuve supplémentaire que la gastronomie n’est pas un simple loisir. Elle est une porte d’entrée vers la compréhension d’un territoire, de ses identités, de ses mémoires.

Les produits du terroir du Cap Bon et de Kairouan font leur show à Dar Sanaa
Les produits du terroir du Cap Bon

Tourisme durable en Tunisie : convergence des patrimoines

En Europe, en Afrique du Nord ou au Maghreb, plusieurs pays ont réussi à transformer leur patrimoine vivant en expérience touristique cohérente. En Italie, l’essor des agriturismi a valorisé les paysages agricoles et les savoir-faire locaux. Au Maroc, les riads et l’intégration du patrimoine culturel au cœur des séjours ont repositionné le pays sur les marchés haut de gamme. Au Portugal, une narration territoriale a transformé des villages ruraux en destinations qualitative reconnues à l’international.

Ces modèles montrent une même logique : le tourisme doit relier le visiteur à l’identité du territoire — pas seulement à ses attractions. La Tunisie possède cette matière première : paysages, culture, traditions, cuisine, histoires humaines. Mais elle manque encore d’une stratégie systémique qui relie ces éléments pour créer un produit touristique durable, attractif et différenciant.

Les produits du terroir du Cap Bon et de Kairouan font leur show à Dar Sanaa
Les produits du terroir du Cap Bon

Dar Jbel : un laboratoire d’expérience

Dans ce paysage en mutation, des initiatives émergent comme Dar Jbel, dans l’arrière pays de Hammamet — une maison d’hôtes qui ne se contente pas d’accueillir. Elle expérimente une hospitalité enracinée dans le bâti vernaculaire, le lien avec les artisans et les producteurs, l’intégration paysagère, l’expérience immersive et la valorisation du terroir.

Dar Jbel fonctionne comme un laboratoire territorial qui démontre que l’authenticité tunisienne peut devenir une expérience touristique rentable, qualitative et durable.

Perspectives : structurer le tourisme patrimonial tunisien

Pour que ces dynamiques deviennent des leviers économiques structurants, plusieurs axes s’imposent :

  1. Formaliser un récit national autour du patrimoine vivant tunisien — alimentaire, artisanal, paysager, culturel.
  2. Créer des réseaux territoriaux de lieux et d’acteurs engagés dans des pratiques durables.
  3. Valoriser la littérature et la recherche comme supports de compréhension des patrimoines.
  4. Intégrer ces ressources dans des offres touristiques cohérentes, pensées pour les marchés internationaux exigeants.

Un tourisme durable n’est pas seulement vertueux. Il est rentable, différenciant et structurant pour l’économie territoriale.

Réinventer la Tunisie comme destination patrimoniale

Le tourisme tunisien est à un tournant. Il ne s’agit plus simplement d’attirer des visiteurs. Il s’agit de définir une identité touristique forte, fondée sur les patrimoines vivants — culinaires, culturels, territoriaux. Le terroir tunisien n’est plus un simple élément patrimonial. Il est une ressource stratégique qui mérite d’être intégrée dans une vision économique, culturelle et sociale.

L’expérience de Dar Jbel, les publications reconnues internationalement, et l’émergence d’une littérature culinaire tunisienne vibrante, dessinent une voie possible : celle d’un tourisme durable, intelligent et désirable.

table d'hotes à Dar jbel; salle a manger ambiances et table
La table de Dar Jbel s’habille en fonction des saisons des fleurs, des légumes et des couleurs du jardin

Comme le néroli, chaque produit du terroir tunisien porte des promesses d’expériences.
Savoir transformer cette richesse en produits est entamé. En faire une stratégie territoriale est un tout autre débat

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