Le Jardin des Murmures a pris la parole en Tunisie

Le 16 octobre, dans le cadre de la Biennale de Paris à Tunis, Amel Djait a dévoilé à Dar Jbel le premier jardin littéraire à ciel ouvert de Tunisie, le Musée invisible du Zhar et SELEM, premier labyrinthe du pays. Une autre manière de raconter un territoire, et d’en faire une destination.

Hammamet, le 17 octobre 2026 — Vendredi 16 octobre, la Biennale de Paris à Tunis a fait halte au gîte rural Dar Jbel, dans la campagne de Hammamet. Artistes, commissaires et professionnels de la culture venus de Tunisie et d’ailleurs, parmi lesquels Alexandre Gurita, directeur de la Biennale de Paris, et les artistes Yosr Mahmoud et Ralf Porzel, y ont découvert Le Jardin des Murmures : une œuvre littéraire à ciel ouvert, dont le jardin est le médium. Ils ont assisté à l’ouverture du Musée invisible du Zhar et parcouru SELEM, premier labyrinthe de Tunisie. Imaginé par Amel Djait, hôte auteure, le Jardin ouvrira au public pendant les fêtes de fin d’année 2026.

Eléments du dispositif du Jardin Des Murmures, un jardin littéraire à ciel ouvert à Dar Jbel

Qui a le droit de raconter un pays ?

La journée s’est ouverte sur le discours d’Amel Djait devant une assistance internationale. « Le patrimoine, aujourd’hui, tout le monde en parle. On veut le préserver, le restaurer, le moderniser. Et surtout, le vendre. Mais qui le raconte ? » Et plus précisément : « Qui a le droit de raconter un pays ? Celui qui le classe ? Celui qui le vend ? Ou celui qui le vit ? »

Elle se dit « une fille de la mer, née dans un hôtel », et vient du tourisme. Elle a rappelé les cartes postales que des studios de Tunis envoyaient vers l’Europe au début du siècle dernier : des Tunisiennes costumées, posées pour le regard colonial, quand les femmes de sa famille n’en ont jamais eu. « Les unes avaient une image sans histoire. Les autres, une histoire sans image. »

« Un pays n’est pas un décor. C’est un personnage qui palpite, qu’on écoute. Il a une mémoire, des secrets, des contradictions. Et il vous résiste. »

Amel Djait, discours du 16 octobre.

Amel Djait dans le salon de Dar Jbel lors du lancement du Jardin Des Murmures

L’hospitalité narrative

Au cœur du discours, une notion qu’Amel Djait met en pratique chaque jour à Dar Jbel : l’hospitalité narrative. Elle la tire de l’« hospitalité langagière » de Paul Ricœur, le plaisir d’habiter la langue de l’autre. Le storytelling touristique plaque une jolie histoire sur un lieu pour le vendre. L’hospitalité narrative fait l’inverse : elle part du lieu et de ceux qui le font vivre, le paysan qui sait quand tailler, les femmes qui cueillent la fleur d’oranger à l’aube, celles qui font des colliers de jasmin. À Dar Jbel, elle se vit à table, à la boutique, dans les ateliers, les recettes partagées et le jardin. Pour Amel Djait, « accueillir et écrire, c’est le même geste : faire une place à l’autre ».

« Le tourisme de masse vend des décors. L’hospitalité narrative ouvre des récits. » Amel Djait

Après la maison qui parle, le jardin qui murmure

Après le discours, les participants sont entrés dans le jardin pour une traversée. Sept arbres s’y confient à la première personne. Sept herbes, du romarin au myrte, portent chacune une fable : dans l’une d’elles, un vieil homme de l’oasis de Nefta prépare le thé à la menthe pour un inconnu, « pour celui qu’il deviendra une fois qu’on l’aura accueilli ». Autour de la Table des Murmures, les infusions du jardin, l’huile d’olive, le pain au zhar, le mesfouf à la grenade et la ftira aux figues sèches ont pris le relais des mots.

Le Jardin se lit aussi à distance. Près des arbres, des plaques de marbre en français et en anglais ; un code à scanner ouvre les textes, à lire ou à écouter, dans le jardin, dans sa chambre ou à l’autre bout du monde. Après le podcast DAR, la maison qui parle, voici le jardin qui murmure : un nouveau podcast, né du Jardin des Murmures, prend le relais dès janvier 2027.

SELEM, premier labyrinthe de Tunisie

Au cœur de l’oliveraie, SELEM est un labyrinthe tracé parmi les oliviers, bordé d’agaves, de sauge, de romarin et de thym. Son nom fait écho à l’arabe silm, la paix. On n’y va nulle part : on y ralentit. « Un labyrinthe défend le droit de se perdre : un pays qu’on comprend en cinq minutes est un pays qu’on a déjà piétiné. »

Le 16 octobre, quatre lecteurs y ont prêté leur voix au chœur des oliviers millénaires, Al-Badawi en Palestine, Vouves en Crète, Lakarit à Douiret et Echraf à El Haouaria, qui s’adressent tous à la petite oliveraie de Dar Jbel. SELEM ouvrira au public avec le Jardin, pendant les fêtes de fin d’année 2026.

Les invités au lancement du Jardin des Murmures s’essayent aux QR code et écoutent les fables
des herbes et les confidences des arbres.

Le Musée invisible du Zhar : raconter un territoire

La journée s’est achevée sur le « Cercle du Mrach » ou la « Versée du mrach« , le flacon traditionnel, l’eau de fleur d’oranger a circulé de main en main, sans jamais appartenir à personne. C’était le premier geste public du Musée invisible du Zhar, né au printemps 2025 pendant la récolte, bien avant que la Biennale ne frappe à la porte : un musée sans murs ni vitrines, dont les collections sont des gestes, des parfums et des voix.

À travers lui, c’est tout le Cap Bon qui se raconte. Le zhar y est partout : dans les fêtes, dans les cuisines, sur les mains des invités et sur le front d’un bébé. Chaque printemps, la région envoie son néroli aux grands parfumeurs du monde. « Le parfum part. La valeur aussi. ». Le Musée invisible veut qu’elle reste là où elle naît : chez celles qui cueillent à l’aube, dans les alambics de famille, dans les maisons qui reçoivent. Amel Djait lui consacre un livre, à paraître en avril 2027.

Les oliviers millénaires qui s’adressent à la jeune oliveraie de Dar Jbel

Territoire et durabilité : une nouvelle destination

Le Jardin des Murmures ne se détache pas de la terre qui le porte. Labellisée « Nabeul Zhar Tour » https://www.routedubigaradier.com/ , Dar Jbel y développe un modèle d’écotourisme et d’agriculture durable : la maison produit sa propre huile d’olive, distille au printemps la fleur d’oranger, le géranium et la rose. le gite rural fait une place particulière à ses produits dans sa boutique dédiée à l’artisanat et au terroir du Cap Bon. Le pari est simple : qu’un autre récit de la Tunisie devienne, à lui seul, une raison de voyager, et, qu’il profite au territoire qui le porte.

En attendant son ouverture au public La Jardin des Murmures se découvre le temps d’un séjour ou d’une expérience, sur réservation, au rythme des saisons : la récolte des olives jusqu’à la mi-décembre, la distillation au printemps. Jardin privé, il se prête aussi aux séminaires, retraites et team buildings d’entreprise, aux mariages et aux événements privés : une journée au jardin, une traversée littéraire sur mesure ou un temps hors du temps pour une équipe ou une famille.

Le jardin des Murmures, jardin littéraire à ciel ouvert, appelle d’autres regards. Les premières invitations aux artistes sont lancées : un atelier de création photographique au printemps 2027, pendant la récolte du zhar, puis une résidence d’artistes en octobre 2027. Ce jardin est la première page d’un Atlas des Murmures.

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