Du 10 au 16 octobre 2026, la Biennale de Paris se déploie en Tunisie à travers une semaine de rencontres, de recherches, de conversations, d’ateliers, de protocoles et d’expérimentations réunissant artistes, auteurs, chercheurs, institutions et structures tunisiennes et internationales. Durant cette manifestation, les artistes ne viennent pas exposer des œuvres. Ils sont partenaires de la Biennale et développent leurs pratiques directement dans la réalité.
Fondée en 1959 par André Malraux, la Biennale de Paris poursuit aujourd’hui son histoire en remettant en question le modèle même de la biennale d’exposition. Elle fonctionne comme une plateforme internationale, horizontale et décentralisée, fondée sur l’expérimentation, la recherche et l’autonomie des artistes.
Une biennale est-elle nécessairement une exposition ?
La Biennale de Paris répond par la négative. Elle ne rassemble pas une sélection d’œuvres dans un lieu unique, ne construit pas de parcours curatorial centralisé et ne considère pas l’exposition comme la forme nécessaire de toute manifestation artistique. Les artistes et auteurs déterminent eux-mêmes les formes que prennent leurs recherches et leurs pratiques: rencontres, conversations, protocoles, situations, organisations, expériences, transmissions, recherches ou transformations du réel.
Cette orientation rejoint notamment les recherches menées autour de l’art invisuel, qui envisage un art existant autrement que sous la forme d’une œuvre d’art. Le réel peut alors devenir le médium d’un art affranchi du médium de l’art. La question qui traverse cette édition est ainsi simple et radicale : Que peut devenir l’art lorsque l’œuvre cesse d’être sa condition nécessaire ?

La Tunisie comme territoire de recherche
La Biennale de Paris en Tunisie est le résultat de plusieurs années de rencontres, de recherches et de collaborations avec des artistes, chercheurs et structures du pays. Elle ne vient pas appliquer en Tunisie un modèle conçu ailleurs. Elle se construit à partir des contextes, des personnes et des initiatives qu’elle rencontre. Cette approche s’inscrit dans la politique internationale de décentrement développée par la Biennale de Paris à travers différents territoires, notamment à Nicosie, New York, La Réunion, Bujumbura, Beyrouth, Guatemala, Luxembourg, Bangkok…
En octobre 2026, la Biennale se déploiera à Tunis, Sousse, Hammamet et Beni-Khalled, faisant de chaque contexte une situation particulière de recherche, de création et de coopération.
Des artistes partenaires plutôt que des artistes exposés
À Beni-Khalled, Yosr Mahmoud développera son approche de l’hospitalité comme pratique artistique, notamment à travers son Eau de rose matriartistique, où les gestes transmis entre femmes depuis des générations deviennent matière d’une esthétique de l’hospitalité.
À Hammamet, Amel Djait ouvrira Le Jardin des Murmures à Dar Jbel http://www.darjbel.com et développera Le Musée invisible du Zhar, consacré aux gestes, parfums, saveurs, mémoires et récits du patrimoine immatériel tunisien.
Loli Tsan développera ses recherches sur la divergence, la créativité et le changement de paradigme. Alexandra Péron proposera Capter ma singularité, autour de ce qui constitue et permet d’exprimer la singularité de chacun. Mariem Memni introduira la science créative et la migrologie, tandis que Jean-Christophe Trentinella mettra en œuvre un protocole de rencontre consacré à l’intelligence collective.
Ralf Porzel présentera la Constellation des Structures d’Accueil d’Art (CoSAA) https://cosaa.fr et la notion de « générosagesse». Jérémie Pujau développera le Donbat, pratique artistique destinée à intervenir dans des situations de déséquilibre afin d’y rechercher des transformations concrètes. Èric Létourneau Dumaine poursuivra Standard II, pratique initiée en 2001 fondée sur des rencontres individuelles et le partage d’un temps de silence. Elisa Bollazzi ouvrira un Cabinet de Regard Tunisie, donnant accès au microscope aux microéléments constituant sa MicroCollection. Camille Cottet installera un Bureau des Obsessions, consacré à la collecte volontaire de récits d’obsessions.
Ricardo Mbarkho présentera l’ARCAI – Atelier de Recherche et de Création Art Invisuel – et les recherches menées à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts – Université de Balamand. Bechir Gorchène se présentera comme alternative au Scribe égyptien, tandis que Rochdi Belgasmi développera sa démarche située entre les genres, en parole et en pratique. Alexandre Gurita fera une introduction à l’art invisuel et conduira Réinitialisation, un atelier invitant chaque participant à concevoir sa propre forme d’art invisuel.

Octobre 2026
De l’œuvre à la transformation
La Biennale de Paris en Tunisie ne cherche donc pas à proposer une nouvelle esthétique ni un nouveau style. Elle déplace la question. Une conversation peut devenir une pratique artistique. L’hospitalité peut devenir art. Un silence peut constituer une expérience artistique. Une organisation peut devenir une pratique. Une rencontre peut produire de la connaissance. Une action peut transformer une situation réelle.Il ne s’agit plus seulement de montrer l’art, mais d’interroger ce que l’art peut faire.
Pendant une semaine, la Tunisie devient ainsi l’un des territoires d’expérimentation d’une conception élargie de l’art : un art qui ne cherche pas nécessairement à produire davantage d’objets ou d’images, mais à inventer ses propres modalités d’existence.
Source: CP
Crédit photo: Amel Djait